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Fondation du doute : entretien avec Ben

Le 03/01/2013
La Fondation du doute ouvrira ses portes au public le week-end du 6-7 avril prochain (week-end portes-ouvertes). L'inauguration officielle aura lieu le 5 avril.




Fondation du doute : entretien avec BenVoir l'image en grand
"Il se passe quelque chose à Blois qui ne se passe pas ailleurs"

Ben, en quelques mots, qu’est-ce que la Fondation du doute ?
C’est un lieu qui reflète l’esprit Fluxus, ce mouvement artistique né aux Etats-Unis dans les années 1960 autour de l’enseignement de John Cage et qui a eu du mal, au début, à se faire accepter en France. Fluxus, c’est, selon Allan Kaprow, "l’importance de la nonimportance".
Par exemple, l’un de ses plus grands artistes, George Brecht, a fait une oeuvre qui se résume à simplement cligner d’un oeil, ou encore boire un verre d’eau et s’en aller... L’esprit Fluxus, c’est un mélange d’humour et de radicalité, pour mieux questionner l’art. Partant de là, il est vrai que c’est une gageure de vouloir montrer cet esprit et que c’est un exercice difficile de mettre en oeuvre un espace lui étant dédié. Mais c’est pour ça, entre autres, que l’idée m’a beaucoup plu. Quand on m’a demandé si je voulais bien prêter à Blois ma collection Fluxus et monter la Fondation du doute, j’étais très fier : on pense de moi que je suis un grand rigolo qui fait des trucs sur les agendas, mais je suis aussi un penseur qui a des idées sur l’art.

Quelles oeuvres pourra-t-on y voir ?
Il y aura un espace d’exposition sur deux étages où nous allons évoquer le côté historique des choses, ce qui nous a menés aux limites de l’art, mais aussi montrer les jeunes artistes qui se posent des questions sur les origines de Fluxus. Nous allons les intégrer dans cette muséographie afin de donner une épine dorsale de liberté et de réflexion pour nous écarter de l’idée de marché de l’art contemporain. Contrairement à celle d’Eric Fabre à laquelle elle va succéder, ma collection est modeste - je l’ai réunie par amour, au gré d’instants et de rencontres - mais je ne pense pas qu’il faille la grossir. L’objectif, ici, n’est pas d’en mettre plein la vue avec "La Collection". Ce qui compte, c’est montrer l’esprit Fluxus, plus que les oeuvres.

Comment cela se traduira-t-il ?
J’ai beaucoup d’ambition pour ce lieu que je conçois comme un espace de remise en question où l’on va pouvoir penser, s’amuser, être libre... et où il va se passer des choses. Les gens ne vont pas venir visiter le musée tous les jours : il faut qu’il y ait différentes activités autour. C’est pour ça que le café Fluxus sera l’une des salles les plus importantes de la Fondation. Nous voulions un lieu ouvert sur toutes les possibilités, vivant, où l’on peut tout imaginer. Il faut que la Fondation du doute se lance, et ce nouveau lieu doit attirer : on pourra y manger, boire, écouter de la musique, assister à des concerts, voir des performances... ça doit interpeller les gens. La vie, c’est mêler les choses : espace d’exposition, café et lieu de vie, où il y a de surcroît une école d’art et une école de musique... l’esprit Fluxus peut tout réunir. J’aimerais donc par exemple que les musiciens puissent venir jouer ici, les peintres peindre et les poètes dire leurs textes. On peut également imaginer installer des caravanes d’artistes dans la cour du "Mur des mots" pour accueillir desétudiants, qui viendraient par exemple de San Francisco ou du Japon pour étudier à Blois Fluxus et les limites de l’art.

Comment la Fondation du doute s’inscrira-t-elle dans la ville ?
Je crois que Blois est déjà un lieu où on a l’habitude de penser, et nous allons tout faire pour donner aux habitants et aux touristes l’envie de venir, les interpeller. Il y aura des questions dans la rue comme : "Qu’est-ce que l’amour ?... La réponse est à la Fondation du doute." Un véhicule, décoré par moi, emmènera les gens du château jusqu’ici. Nous allons également faire en sorte que le public soit incité à entrer en voyant la Cour du doute, où il y aura un podium d’expression, des tables à pique-nique - Fluxus aime les lieux d’animation - et d’autres choses attrayantes. Mais le mieux, ce serait que le lieu parle de lui-même et que les gens se disent : "Il se passe quelque chose à Blois qui ne se passe pas ailleurs".


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