Minute de silence observée devant le monument aux morts.
Marc Gricourt, Yves Olivier et François Mercier.

mémoire

Journée nationale du souvenir de la déportation

La cérémonie à l’occasion de la journée nationale du souvenir de la déportation du 26 avril 2020 a été annulée conformément aux directives nationales, mais le maire de Blois, Marc Gricourt, a souhaité perpétuer la tradition du dépôt de gerbe.

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La cérémonie à l’occasion de la journée nationale du souvenir de la déportation du 26 avril 2020 a été annulée conformément aux directives nationales. Marc Gricourt, maire de Blois, accompagné de Yves Olivier, conseiller délégué aux associations patriotiques, ont déposé ce dimanche 26 avril 2020 une gerbe au pied de l’urne des déportés, située place de la République.

Ils étaient accompagnés de Martine Aubry, présidente de la section Loir-et-Cher de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), de François Mercier, représentant des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation (AFMD) à Blois et de Roger Goujon, porte-drapeau de la FNDIRP.

Il y a soixante quinze ans, au printemps 1945, plus de 700 000 hommes, femmes et enfants étaient regroupés dans ce qui restait de l’univers concentrationnaire et génocidaire nazi à l’agonie.

La moitié d’entre eux devaient encore périr, notamment dans les marches de la mort, avant que les armées alliées, dans leur progression, n’ouvrent enfin les portes des camps sur une insoutenable vision d’horreur.

Les survivants de ce drame du genre humain, par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort.

Le 1er octobre 1946 s’achevait le procès de Nuremberg qui fondait la notion de « crime contre l’humanité » et posait les bases du droit pénal international.

De tout cela, rien ne doit être oublié…

Et pourtant, si les déportés ont su montrer dans les pires circonstances que la résistance face au crime demeurait toujours possible, leur persévérance à témoigner partout et auprès de tous ne suffit pas à faire disparaître la haine, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le rejet des différences.

Combattre sans relâche les idéologies qui affaiblissent notre modèle républicain et prônent le retour à l’obscurantisme et au fanatisme,
Promouvoir la tolérance,
Investir dans l’éducation morale et civique des jeunes générations.

C’est le message des déportés, qui veulent faire de la journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation, une journée d’hommage, de recueillement, et plus encore, d’engagement personnel.

La période dramatique de la déportation rappelle en effet cruellement que les êtres humains sont responsables de l’avenir qu’ils préparent à leurs enfants, et qu’ils partagent une même communauté de destin.
 

Ce message a été rédigé conjointement par :

La Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP
La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis,
L’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR)

Madame, Monsieur,

La situation sanitaire que nous connaissons actuellement nous empêche malheureusement de nous rassembler cette année pour commémorer la Journée nationale de la Déportation et de la Libération des camps de concentration et d’extermination nazis. Malgré tout, et vous connaissez mon attachement pour les célébrations patriotiques, j’ai souhaité perpétuer la tradition du dépôt de gerbe. En ce contexte particulier, honorer la mémoire de nos morts reste un devoir envers le passé, mais aussi une nécessité du présent, une exigence pour l’avenir. Nous ne devons pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements de cette atrocité, de la cruauté réfléchie des bourreaux, de l’anéantissement de millions de victimes mais également de l’héroïsme des déportés, alors même où le révisionnisme est toujours présent.

Cette véritable industrie de la mort a décimé des millions de vie innocentes. Ils ont été sacrifiés, gazés, tués, pour leurs origines, leurs convictions, leurs orientations philosophiques, religieuses, politiques ou encore sexuelles. Tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces enfants ont été exterminés parce qu’ils étaient différents. Parce qu’ils ne répondaient pas à un idéal établi, on a préféré les faire disparaître.

On ne peut qu’imaginer l’effroi dont ont été saisis les soldats alliés lorsqu’ils ont libéré les camps et qu’ils ont découvert l’étendue de l’horreur concentrationnaire mais aussi les conséquences dramatiques de la solution finale.

Aujourd’hui, nous honorons une mémoire qu’il n’a pas toujours été facile d’exprimer. En effet, le travail de mémoire fut lent et difficile. Le retour est une nouvelle épreuve, une épreuve terrible pour les survivants, pour qui la solitude, le silence et le mutisme s’installent car à ce moment-là, la société française ne voulait pas ou n’était pas prête à les écouter. Mais si cette parole du témoin s’est libérée, diffusée, elle devient rare aujourd’hui par la force du temps. Ainsi, cette journée témoigne du caractère indispensable du devoir de mémoire et de transmission envers les jeunes générations pour lutter contre l’oubli.
Cette Seconde Guerre mondiale a vu naître chez l’homme ce qui peut l’habiter de pire : le racisme, la haine et la violence, marquant les peuples à jamais, d’une cicatrice indélébile.

N’oublions pas non plus, que si certains se rendaient complices de ces crimes honteux, que d’autres ne voyaient ou faisaient semblant de ne pas voir, des femmes et des hommes courageux se sont levés pour dire non. Non à la barbarie, non à la guerre, non au racisme, non à l’antisémitisme. Ces résistants et Justes parmi les Nations ont pris tous les risques pour sauver leurs semblables d’une mort certaine.

Je profite de l'occasion pour rendre hommage aux Justes qui par leur courage, au péril de leur vie, ont aidé et sauvé des juifs persécutés par le nazisme. Le titre « Juste parmi les nations » est la plus haute distinction civile décernée par l’État d’Israël. Nous dénombrons 4 justes connus pour la ville de Blois et 45 justes dans tout le département du Loir-et-Cher. (D’après la liste présente sur le site du Comité français Yad-Vashem)

Nous leur sommes redevables d’avoir permis de sauver les valeurs indispensables à la République : celles de justice et de respect des autres, de liberté, d’égalité et de fraternité.

Il est également nécessaire de rappeler où nous mènent la défiance et l’intolérance. L’occupation, la déportation, le génocide, sont les conséquences directes du laisser dire, du laisser faire des démocraties qui ont tardé à saisir le danger d’une idéologie raciste et xénophobe. Il faut le réaffirmer aujourd’hui, tout langage d’exclusion, de stigmatisation, tout discours xénophobe, tout comportement raciste et discriminatoire ne sont ni anodins, ni innocents : ils précèdent les actes les plus barbares.

Ce passé tragique nous impose de tirer des leçons, de défendre les valeurs de tolérance, de démocratie, de justice et de liberté. Ces valeurs doivent nous guider dans nos actions au quotidien à l’échelon local, en tant qu’élu, mais également à l’échelon national et au-delà en tant que citoyen. Ne pas oublier est un devoir moral et citoyen.

Ainsi, ensemble, agissons pour que l’écho de ces voix ne faiblisse jamais. Faisons en sorte que le message des survivants libérés «  Plus jamais ça » ne devienne jamais un détail de l’histoire.