mémoire

Célébration du 75e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945

La cérémonie à l’occasion de la célébration du 75e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, dans son format habituel, a été annulée conformément aux directives nationales. Marc Gricourt, maire de Blois, et Yves Rousset, préfet de Loir-et-Cher, ont toutefois tenu à déposer des fleurs au monument aux Morts 1939–1945 ce vendredi 8 mai 2020 à 11 h.

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Ils étaient accompagnés de :

  • Stéphane Baudu, député de Loir-et-Cher
  • Marie-Hélène Millet, conseillère départementale
  • Yves Olivier, conseiller délégué aux associations patriotiques
  • André Ramaugé, président de l’UDAACVG (Union départementale des associations d’anciens combattants et victimes de guerre)
  • Jean Goujon, président du Comité d’entente des associations patriotiques de Blois
  • Général Jean-Marie Beyer, président du Souvenir français
  • Lieutenant-colonel Gabriel Bouchacourt, délégué militaire départemental adjoint
  • Emmanuel Carrard et Calixte Lacombe, lycéens avec les drapeaux des Croix de Guerre et du Souvenir français.

Mesdames et Messieurs,

Il y a 75 ans, le 8 mai 1945, à 15 h, par une allocution radiodiffusée, le général de Gaulle annonçait la victoire contre l’occupant nazi. Il faudra encore attendre le 2 septembre suivant, avec la capitulation du Japon, pour que cesse la Seconde Guerre mondiale qui aura fait plus de 50 millions de morts.

Le conflit fut marqué par un déchaînement de violences jusqu’alors inconnues, avec une persécution volontaire et systématique d’hommes, de femmes, d’enfants, de déportations massives, et l’extermination organisée et planifiée de plus de 6 millions de personnes, parce qu’ils étaient juifs, slaves, tziganes, opposants politiques ou homosexuels, handicapés mais aussi par des exécutions d’otages et de prisonniers de guerre.

Ce traumatisme moral conduit les Alliés à ériger pour la première fois un tribunal définissant une nouvelle notion en droit international, celle de « crime contre l’humanité ».

Alors même que nous vivions une des périodes les plus sombres de notre histoire, quand tout semblait perdu, des femmes et des hommes ont fait le choix de se battre de l’intérieur, dans l’ombre de la clandestinité et de la répression nazie. Au fil des années d’occupation, la conscience républicaine se réveille, des voix se lèvent, d’abord timides, puis s’organisent en réseaux. Ils se sont engagés, par des actes minimes ou des actions d’une grande bravoure, avec une totale abnégation dans la résistance et pour la défense de nos valeurs républicaines.

Ce 8 mai nous ne célébrons pas seulement une victoire militaire mais aussi une victoire morale, une victoire du bien contre le mal, de ce qu’il y a de plus grand dans l’homme contre ce qu’il peut y avoir de pire en lui.

Ainsi s’achevaient des années de terreur, de souffrance, de spoliation, de privation et de négation même de l’humanité en Europe. D’une exceptionnelle violence, la Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant dans les conflits militaires : elle a la singularité d’être l’une des premières guerres où la population civile est massivement au cœur du conflit. En effet, une grande partie de la population a été confrontée de 1940 à 1944 successivement à l’invasion, à l’exode, à l’occupation allemande, à la répression, aux représailles et massacres d’otages, puis aux bombardements alliés à partir de 1943, enfin aux combats de la libération.

Une joie indescriptible allait alors précipiter dans les rues une population en liesse, heureuse de fêter une liberté retrouvée, arrachée au prix des blessures individuelles, au prix du sang, de la peine, des larmes et de la sueur comme l’avait prédit Winston Churchill devant la Chambre des communes le 13 mai 1940.

En parallèle de ces scènes de liesses, le pays est dévasté, en proie à toutes les souffrances à la vindicte populaire avec les procès d’épuration et les femmes tondues. A cela s’ajoute une société française divisée, un territoire dévasté par les combats de la libération et une situation économique dramatique. C’est dans ce contexte qu’une réforme des institutions, décidée par le peuple, se développe pour tendre vers un nouveau modèle social et économique.
Le Conseil National de la Résistance est reconnu comme crédible, légitime, représentatif et responsable, et donc apte à exercer le pouvoir pendant la reconstruction. Tel était bien en effet l’enjeu majeur de la Libération: que la France demeure fidèle à l’esprit de la Résistance. Une reconstruction qui, comme l’indique Stéphane HESSEL dans son ouvrage Indignez-vous, s’appuie sur un programme mis en place dès mars 1943, dans la clandestinité, avec l’élaboration d’un plan d’actions, adopté le 15 mars 1944, constituant les mesures à prendre dès la libération du pays : sécurité sociale, nationalisation des sources d’énergie, statut de la fonction publique, liberté de la presse et liberté syndicale. Des mesures se sont appuyées sur les acquis du Front Populaire de 1936 et qui sont devenues le socle du modèle social et de la démocratie de notre pays.

L’ordonnance du 4 octobre 1945 crée officiellement la Sécurité sociale. L’histoire de la Sécurité sociale, c’est aussi l’histoire de la solidarité nationale. L’idée que nous avons tous le droit de vivre dignement. Cette ordonnance instaure L’État Providence en France.

Ces dernières années, il est de plus en plus remis en cause et perçu dorénavant, comme utopiste, irréalisable, sous prétexte que l’État n’aurait plus les moyens de le financer. S’il est clair que le modèle actuel s’essouffle, nous ne devons pas agir en faveur de sa suppression mais bien tendre vers l’élaboration d’un nouveau pacte social (ou créer un autre modèle qui s’y rapproche ou s’en inspire), permettant à l’État Providence de revenir au cœur des priorités sociales. la crise sanitaire que nous vivons amplifie cette nécessaire ambition.

À titre personnel, si je défends l’idée d’État Providence, car il garantit la paix sociale dans notre pays, nous devons tendre vers un nouveau pacte social. D’ailleurs, nous pouvons constater que contrairement à d’autres systèmes, le système social français a tenu. Considérant que nos institutions actuelles sont obsolètes, à mon sens, l’avènement d’une 6e République sera plus apte à répondre à l’évolution de notre pays et ses nouveaux enjeux sociétaux et démocratiques.

Le 8 mai, ainsi que le 9 mai, fête de l’Europe, marquent la fin d’une période où le continent est ravagé par les guerres, les crises sociales et économiques, et symbolisent « un nouveau départ ». L’année 2020 marquera-t-elle aussi un tournant, une rupture dans notre histoire collective en mettant fin à un mode de vie basé sur l’hyperconsommation qui a des conséquences sur l’environnement et accentue les inégalités sociales ?

Pour l’économiste Thomas Piketty, la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 doit nous amener à définir de nouveaux critères de décision en matière de gouvernance économique mondiale. Selon lui, dans l’histoire, ce qu’on voit, après les crises financières, c’est que tout dépend de la réaction politique, et de la trajectoire qui est suivie après les crises.

Cette crise démontre, que si nous en avons tous collectivement l’envie, nous sommes capables de changer notre mode de vie et ce malgré la pression des marchés, malgré nos habitudes et nos modes de consommation.

Cela passe notamment par notre rapport à l’alimentation et plus généralement à nos méthodes utilisées et plus particulièrement l’élevage industriel qui utilise massivement des antibiotiques et favorise le développement de nouvelles bactéries multirésistantes. Une récente étude de l’OMS constate que l’antibiorésistance pourrait tuer 10 millions d’humains tous les ans si rien n’est fait d’ici 2050 (aujourd’hui l’antibiorésistance cause déjà 12 500 morts par an en France). Ces dernières années, les scandales alimentaires se sont multipliés et les consommateurs n’ont de cesse d’être de plus en plus exigeants. Au-delà du prix, ils réfléchissent davantage au contenu de ce qu’ils achètent, exigent plus de transparence, plus de garanties sanitaires, plus de qualité. la pandémie actuelle ne va qu’accentuer cette prise de conscience et notre obligation de changer notre façon de vivre. Nous devons à l’avenir favoriser les circuits de proximité.

La déforestation et la réduction du territoire des espèces sauvages augmentent également considérablement les risques de propagation des maladies. de même, la perte de biodiversité bouleverse les systèmes de régulation des pathogènes et facilite leur propagation.

La fin de la Seconde Guerre mondiale a également été animée par la volonté de créer un espace de paix : l’Europe. le Général de GAULLE expliquait qu’au delà de la victoire de la France, c’était la victoire des nations-unies. la construction européenne nous a apporté la paix, sur un continent longtemps déchiré. le legs de ceux qui se sont battus pour notre liberté nous impose de renforcer l’Union européenne et ce message de paix et de tolérance que Simone Veil portait mieux que quiconque durant toute sa vie.

L’idéal européen, celui inventé par des hommes d’État visionnaires profondément imprégnés de leurs cultures nationales mais aussi conscients d’appartenir, en tant qu’Européens, à une même communauté, doit persister. L’Europe doit s’inspirer des leçons de sa propre histoire et se rappeler le sacrifice des femmes et des hommes qui se sont battus pour la paix.

Cette paix entre les peuples et cette fraternité se dessine à Blois par nos liens étroits et nos coopérations avec les villes de Waldshut-Tiengen, de Lewes, Cacerès, Urbino et Weimar dont je tiens à remercier monsieur le maire pour la gerbe qu’il a souhaité que je dépose aux monuments 39–45.

La tolérance et l’acceptation des différences doivent nous guider et nous préserver de la tentation des extrêmes. 75 ans après, nous réaffirmons la promesse faite de construire une Europe solidaire. Pourtant, si l’Europe reste synonyme de paix, cela ne suffit plus à justifier son existence ainsi que ses institutions.

Les citoyens européens ont exprimé à plusieurs reprises, ces dernières années, le rejet d’un projet qui n’est plus compris et ne peut plus être imposé, j’en veux pour preuve le Brexit. L’Europe est actuellement confrontée à une crise politique, démocratique, économique, sociale, écologique et migratoire qui fait ressurgir et amène l’extrême droite à nouveau au pouvoir dans certains pays.

À une époque où nous voyons ressurgir ces discours réactionnaires et même révisionnistes, rappeler les horreurs de la guerre et de la barbarie nazie me semble indispensable. Il est essentiel de pérenniser les valeurs européennes telles que le respect de l’autre, la liberté et la solidarité, et de renforcer une Europe fraternelle.

Nous devons donc rester vigilant car dans une société qui souffre, il est plus facile de désigner des boucs émissaires que de s’interroger sur les causes du mal être économique et social qui divise et fait prospérer le repli sur soi.

Aragon écrivait Certains jours, j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. à défaut d’un tel outil, utilisons l’arme qui est à notre portée : la transmission de la mémoire. C’est à cela que doivent servir les cérémonies commémoratives.

Pour perpétuer cette histoire, chaque année depuis 1961, le Concours national de la résistance et de la déportation s’attache à impliquer les jeunes générations pour qu’elles deviennent par la suite le nouveau flambeau de cette mémoire. Traditionnellement lors de cette cérémonie nous avons le plaisir de découvrir les lauréats. Malheureusement, cette année, et en raison du contexte particulier, il a été décidé de reporter le thème de cette année à l’année prochaine.

Nous devons sans cesse rappeler que la paix est la traduction d’un effort permanent. François Mitterrand disait la guerre, ce n’est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir.

Il nous appartient donc aujourd’hui d’entretenir le flambeau du 8-Mai et de le donner à notre tour aux futures générations pour que se cultive encore et toujours l’idée que la liberté et la paix sont des valeurs fragiles, susceptibles d’être remises en cause.

Permettez-moi de citer quelques mots du préfet Marcel Blanc, ancien combattant volontaire de la Résistance : la mémoire est éducative, elle apprend que les droits de l’homme imposent les devoirs du citoyen. Elle rappelle que la liberté s’arrête là où celle d’autrui commence. et surtout, la mémoire enseigne que la démocratie, à l’inverse des privilèges, se mérite.

Cette cérémonie nous rappelle la force de l’humanité à pouvoir construire un nouveau Monde, cette période doit nous donner une espérance nouvelle à condition de nous impliquer toutes et tous.

Vive la République, vive la France dans une Europe de paix. Merci de votre attention.