Retour sur l’anniversaire 2024 de la victoire du 8 mai 1945

Blois célébrait aujourd’hui le 79e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, lors d’une cérémonie pour faire perdurer le devoir de mémoire.

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La prise d’armes a été présidée par Xavier Pelletier, préfet de Loir-et-Cher ; Mathilde Desjonquières, députée de Loir-et-Cher ; Marc Gricourt, maire de Blois et 1er vice-président du conseil régional Centre–Val-de-Loire ; Philippe Gouet, président du conseil départemental de Loir-et-Cher ; et le colonel Emmanuel Sommier, délégué militaire départemental.

La cérémonie militaire était dirigée par le commandant des troupes du le base aérienne 273 de Romorantin. Le dispositif est composé du drapeau de la base et sa garde ainsi que d’une compagnie à deux sections.

Ont également participé à cette cérémonie : une délégation de 12 membres de l’équipage du sous-marin nucléaire lanceurs d’engins « Le Terrible » parrainé par le département de Loir-et-Cher (sous le commandement du capitaine de vaisseau Jean-François Mangin) ; 13 stagiaires de la préparation militaire marine Amiral-Storelli de Vendôme avec leur chef de centre, l’enseigne de vaisseau Alexandre Huglo ; 8 cadets de la gendarmerie nationale, encadrés par l’adjudant de réserve Lorène Pinon ; l’harmonie de Blois, dirigée par Vincent Ries ; une section du centre de secours des sapeurs pompiers ; une section des jeunes sapeurs pompiers du Loir-et-Cher ; des délégations de la gendarmerie nationale, police nationale et police municipale ; les représentants des Ordres nationaux, des associations patriotiques ainsi que leur porte-drapeaux ; les lauréates et lauréats collèges et lycées du concours départemental de la Résistance et de la déportation ; des élèves de différentes écoles de Blois et les porteurs de drapeaux orphelins d’associations patriotiques et drapeaux des écoles.

Merci à toutes et tous et au public présent.

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Discours du maire de Blois, Marc Gricourt

Mercredi 8 mai 2024, place de la République.

Monsieur le préfet,
madame la députée,
mesdames et messieurs les élu·es régionaux, avec les excuses du président François Bonneau que j’ai plaisir à représenter,
monsieur le président du conseil départemental et toutes et tous les élu·es départementaux
monsieur le président de notre agglomération,
mesdames et messieurs les maires et élu·es municipaux,
monsieur le délégué militaire départemental, colonel,
madame la directrice académique,
mesdames et messieurs les représentants de nos forces de sécurité intérieures, policiers nationaux, municipaux, gendarmes et sapeurs pompiers,
mesdames et messieurs les représentants des Ordres nationaux, des associations patriotiques et civiles,
mesdames et messieurs les portes drapeaux,
mesdames et messieurs,

Comme chaque année en ce 8 mai, c’est avec beaucoup de plaisir mais aussi d’émotion que je vous retrouve.


1944–2024 : 80 ans ! 80 années qui nous séparent de cette période tragique de la Seconde Guerre mondiale. Un bilan qui donne le frisson. Autour de 80 millions de morts, plusieurs milliers de blessés, et n’oublions jamais les plus de 6 millions de juifs déportés dont 1,5 millions d’enfants, un génocide épouvantable qui toucha aussi les Tziganes, les homosexuels, des engagés politiques et notamment communistes.

Ne jamais oublier ! Souvenons-nous des heures sombres de 1940, avec l’Europe envahie par un occupant, les armées des grandes démocraties défaites. Mais dès cette année, la résistance s’organisa peu à peu, les forces militaires de la démocratie jetées hors du continent s’organisèrent pour que la liberté renaisse. L’appel du général de Gaulle depuis Londres le 18 juin 1940 fut un acte historique de mobilisation et d’espoir. Souvenons-nous des années noires de l’occupation, des années de douleurs, de souffrance, de sang. Souvenons-nous de la collaboration du régime de Vichy, des Françaises et Français victimes d’autres Français.

L’année 1944 fut une année charnière, année de ruptures décisives en faveur des Alliés et qui amorcera la fin de la guerre. Souvenons-nous d’Yvonne Chollet déportée le 1er février 1944, cette institutrice de Vendôme, femme de conviction, résistante. Le massacre de plus de 600 personnes à Oradour sur Glane. Et la date du 8 mai 1944 rappelle le drame de Bruz en Bretagne, où les bombardements alliés ont fait cette nuit là suite à l’erreur de balisage, plus de 183 morts sur 800 habitants. Le débarquement des forces alliées en Normandie le 6 juin. L’anéantissement du maquis du Vercors le 23 juillet par les armées allemandes. Souvenons-nous de la libération de 183 patriotes de la prison de Blois début août 1944 puis la Libération de Blois le 1er septembre. Le 14 mai, départ du plus important convoi de Compiègne vers Buchenwald, 2073 hommes ; Pierre Sudreau, ancien maire de Blois, était de ceux là. Le départ du dernier convoi depuis Drancy vers Auschwitz le 31 juillet Le débarquement allié en Provence le 15 août 1944, mon père en était. La Libération de Paris le 25 août sous la responsabilité du colonel Rol-Tanguy et de son épouse Cécile dont une de nos écoles porte le nom et à qui nous avons rendu hommage hier en présence de sa famille. Et un évènement important du retour de la liberté d’expression, la naissance de notre journal La Nouvelle République, d’abord dans la clandestinité au printemps 1944 à Tours puis officiellement le 1er septembre.

Mais 1944 restera comme l’année d’une renaissance de la France avec, le 15 mars, le programme d’action du Conseil national de la Résistance adopté à l’unanimité et qui énonce les actions à mener en vue de la Libération mais aussi les réformes à mettre en place pour reconstruire le pays : le rétablissement de la démocratie, un programme économique ambitieux avec les nationalisations, et un projet social de grande ampleur qui sera le fondement de notre société contemporaine. Le socle de notre République sociale souvent mis en cause ces dernières années. Le 9 septembre verra la création d’un gouvernement provisoire par De Gaulle et le 5 octobre 1944 l’obtention du droit de vote pour les femmes.

Nous avons toutes et tous en tête les évènements qui seront ceux de l’année suivante avec la capitulation de l’Allemagne le 8 mai 1945. Merci aux historiens et aux historiennes d’entretenir la vérité sur cette période, sur la montée des nationalismes qui amena l’Europe puis le monde entier dans le chaos.

Prendre possession de notre histoire qui est la nôtre, celle des jeunes, c’est notamment tout le travail réalisé depuis plus de 60 ans à travers ce concours national de la résistance et la déportation. Recherche de la vérité historique, réflexion sur les valeurs de la Résistance et les horreurs de la déportation. À travers votre travail, vous rendez hommage à toutes ces femmes et ces hommes héros de cette époque sombre de notre histoire. Blois a payé un lourd tribut à la guerre, mais notre ville a été également le théâtre d’actes de bravoure et de fraternité. Merci à vous professeur·es et à vous jeunes collégiens et lycéens. J’adresse aux lauréates et lauréats toutes mes félicitations. Le thème de cette année est « Résister à la déportation en France et en Europe ». Beaucoup de témoignages de déportés ont enrichi la connaissance de l’horreur de la vie dans les camps, mais aussi en effet des actes de résistance.

Comme beaucoup, Pierre Sudreau évoqua tardivement cette période. Il aura fallu attendre 1976 pour qu’il s’exprime pour la première fois devant une assemblée de collégiens ici à Blois à l’initiative d’un de ses proches, ancien cadre du réseau Brutus, le journaliste socialiste Jean-Maurice Hermann, alors vice-président de la Fondation nationale des déportés et internés résistants et patriotes. Pierre Sudreau s’exprima : Trente ans en effet ont été nécessaires pour moi pour acquérir une certaine sérénité, un certain détachement à l’égard de certains souvenirs, l’univers concentrationnaire était un monde cruel, atrocement cruel.

La période contemporaine reste malheureusement marquée par les guerres ou l’oppression et nos pensées vont vers ces peuples qui en sont victimes : en Syrie, en Afghanistan, au Soudan, dans la bande de Gaza et près de chez nous en Ukraine.

La fin de la Seconde Guerre mondiale aura réveillé les consciences et la nécessité d’inscrire notre continent européen dans une paix durable. Pierre Sudreau toujours a écrit : Je suis devenu Européen dans les camps. L’histoire nous démontre que l’Homme est capable de tout construire ou de tout détruire. Puissent ces souvenirs affreux, avec la répulsion qu’ils ont suscitée, provoquer l’horreur de la bestialité, inciter à respecter “les autres” en attendant de mieux les comprendre, et nous aider à construire un monde nouveau.

Ces mots résonnent toujours et plus encore dans une année d’élections européennes, dans un contexte de puissance des partis nationalistes d’extrême droite qui, comme au 20e siècle, sèment la peur et la haine, prônent le repli sur soi et dans une période où pour la première fois depuis 80 ans, la paix peut être remise en question en Europe.

Nous devons à toutes celles et ceux que nous honorons aujourd’hui, respect et reconnaissance et le devoir d’éviter que l’Histoire ne se reproduise.

Nous avons plus que jamais besoin d’Europe, une Europe plus forte politiquement, une Europe de la défense, une Europe qui retrouve une souveraineté et une force économique, une Europe exemplaire pour le monde sur les engagements environnementaux et écologiques, une Europe qui reste exemplaire sur le plan social et des solidarités. C’est ainsi et seulement à ces conditions, que nous connaîtrons la paix durable, ce que nous devons à nos enfants et petits enfants.

N’oublions jamais la réalité de l’Histoire !

Je terminerai en citant François Mitterrand à l’occasion de son discours le 6 juin 1988 au mémorial de Caen : La paix se bâtira non seulement par l’équilibre entre les grandes puissances mais aussi par la force que l’Europe puisera dans son indépendance. Vigilance car la paix est menacée dès que surgissent la volonté de puissance, l’esprit d’intolérance (…) pour l’espérance, car notre jeunesse, cette jeunesse ici présente, elle connaît elle aussi, elle pressent le prix de la paix, elle veut l’union des peuples.

Mes chers amis, nous sommes réunis en ce 8 mai 2024, nous allons nous recueillir, je souhaite que ce moment de paix intérieure nous engage à être fidèles à l’enseignement de nos morts.

Vive la République,
vive la France,
vive l’Europe de paix.

Seul le prononcé fait foi.

Concours national de la Résistance et de la déportation

Ce mercredi 8 mai 2024 était aussi l’occasion de récompenser les lauréates et lauréats du concours scolaire sur l’histoire et la mémoire de la Résistance et de la déportation.

2 élèves du lycée Dessaignes, encadrées par leur professeure madame Glise-Estrade, ont reçu un prix dans la catégorie « devoir individuel – classes de lycées » :

  • Alice Chapelle-de-Rul (1er prix) ;
  • Béryl Chemin (2e prix).

Cette édition 2023–2024 du concours avait pour thème « Résister à la Déportation en France et en Europe ». Les élèves ont lu, fait des rencontres et écrit durant des mois, contribuant à la continuité de notre mémoire collective.

Félicitations et merci aux lauréates et lauréats et à leur professeure !